Sculptures, empreintes, poésie

Sculpteur important de l’après-guerre en Belgique, élève d’Oscar Jespers, André Willequet (1921-1998) fréquenta Moore, Zadkine et Brancusi.
Ces fortes personnalités le marquèrent définitivement. Féru de culture classique, comme beaucoup, il évolua de la figuration vers une abstraction qualifiée de lyrique, certes, mais pratiquée avec beaucoup de retenue.
Quelle que soit la technique utilisée (cire perdue, taille directe, empreintes,…) ou la matière choisie (bronze, bois, pierre, papier,…), Willequet a toujours mis son habileté technique au seul service de l’œuvre. Il nous légua donc un travail exigeant quelque effort intellectuel de la part d’un public trop habitué aux frasques d’un art-spectacle.
Son œuvre sensible et raffinée est toute imprégnée de poésie. Les sceptiques pourront s’en assurer lors de cette exposition-hommage, assortie de l’édition d’une plaquette de poèmes de l’artiste.
Profitant des beaux jours, pourquoi ne pas aller (re)découvrir son superbe labyrinthe du Musée David et Alice Van Buuren, à Uccle ? Willequet le ponctua magistralement de sept sculptures sur le thème du Cantique des Cantiques.

Yves De Vresse
Brussel deze Week, du 18 au 24 juin 2004


Formes, volumes et stèles

L’art méditatif d’André Willequet

Fin, racé, cultivé, homme sage et témoin discret, André Willequet, trop tôt disparu, aura animé la sculpture belge de ce surplus d’âme qui fait toute la différence. Sans tape-à-l’œil, en traquant l’éphémère dans la matière brute, comme dans la forme soudain surgie du ciseau, le sculpteur a ennobli cette forme, ce volume incident en leur conférant, à l’un comme à l’autre, l’aura indispensable à toute expression.
Mémoire et captation de l’indicible. C’est ce même amour de la matière, de la ligne, de la figure, que l’on ressent dans la série d’Empreintes surgies du papier blanc comme autant d’envols pour autant de rêves suspendus entre ciel et terre. L’édition limitée de ses poèmes « Éparses » est un cadeau de plus, discret, fervent.

Roger-Pierre Turine
La Libre Belgique, mercredi 30 juin 2004


Au pied de l’Acropole avec André Willequet

La sculpture témoigne d’une présence inscrite dans l’instant. Jusqu’à l’intemporel. Le regard la circonscrit, l’enveloppe, l’embrasse pour la déduire du lieu où elle se tient. Dans ce mouvement que le ciseau anime, l’œil nous tient la main. Dans sa course, il nomme pas à pas ce qui, jusque là, n’avait nul nom. L’informe prend corps, la matière prend sens.
L’empreinte relève d’un passé qui fait retour. La mémoire y imprime une marque que chaque regard ressuscite. Ici, la perte se fonde en promesse. Au creux du papier gorgé d’eau s’annonce une saison sèche qui, progressivement, donne corps à la figure. Qui sera trait, ligne, horizon, souvenir.
André Willequet aimait la Grèce. À la fois berceau d’une culture à laquelle, sa vie durant, il est resté attaché et d’un art qui lui a offert son moyen d’expression privilégié. Au-delà du rapport à l’antique, la Grèce était pour André un ciel – nécessairement bleu –, une matière – le marbre d’évidence – et une mémoire qui s’enracine dans l’inconscient. Elle était origine et horizon.
Au pied de l’Acropole, en un de ces matins d’avant-printemps où le soleil n’a pas renoncé à la fraîcheur, l’archétype se dénoue lentement. S’unissent en un même instant suspendu, un torse de pommier sculpté par André et la figure archaïque de la première Athéna. Cette simple présence informe – baïtulos ou xoanon – qui ignorait tout des pièges de la représentation imprime son souvenir à la main qui gravite. Elle témoigne d’une certitude : indemne du temps, le passé compose librement notre devenir.

Michel Draguet
Athènes, le 16 mars 2004


L'espace est volume

La sculpture est un volume dans l’espace. L’école définissait ainsi l’art des formes. Avec le temps, le travail m’a amené à renverser la définition si bien qu’aujourd’hui je dis :

L’espace est volume.

L’espace ! Cette ouverture vers l’infini, le vertige qu’il engendre n’est pas d’ordre matériel.
Indifférent aux dimensions, il est un choix de rapports, un fruit de l’esprit. Mon espace à moi peut être de mesures très petites, mais je le veux, je le ressens comme illimité.
Mystérieuses sont les relations entre format et proportion.
L’égypte nous montre la grandeur dans des sculptures qui tiennent tout entières dans le creux de la main. Cette grandeur est pure affaire de vision, qui est une qualité spirituelle indifférente aux dimensions physiques.
Certes, la loi des rapports entre les formes, la proportion, est toujours présente et active. Pourtant, comment parler de proportions entre parties qui ne ressemblent à rien, qui sont faites de vide ?
Là, est le cœur de ma recherche.
Structurer le vide. Créer des formes dont les relations mutuelles se mettent à vibrer comme un son.
Dès que s’impose une forme, l’espace gagne son identité.
D’anonyme, voici qu’il prend visage et expression...
Le vide n’est pas le vide : il est fureur de vibrations, d’échos, de tensions qu’une structure rend perceptibles et vivants. Il est un théâtre illimité où un monde inconnu s’anime. Il est une poétique nouvelle aux évocations infinies, aux perspectives innombrables.

André Willequet

Extraits de Entre forme et espace, Bruxelles, Académie royale de Belgique, Classe des Beaux-Arts,1998